Cette semaine, en stage sur Claudel avec Anne Delbée, nous avons évoqué la situation que vit le Théâtre de la Ville, à Paris, avec la
polémique engendrée par les représentations du dernier spectacle de Romeo Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu.
Dans ce spectacle, le metteur en scène italien met en regard la déchéance humaine avec la grandeur christique, offrant à voir, en fond de
scène, une reproduction géante et partielle du Salvator Mundi d’Antonello da Messina.
Au cours de la représentation, un homme en fin de vie « se fait dessus » et, vers la fin du spectacle, des enfants
« bombardent » le visage de ce Christ, qui, peu à peu, se fait recouvrir de matière symboliquement fécale.
Outre le choix de mise en scène de Castellucci, que l’on peut discuter, apprécier, rejeter, mais qui, de toute évidence, ne peut laisser
indifférent et existe, ce spectacle fait naître une polémique, bien plus grande, et bien plus dangereuse, qui va au-delà de l’œuvre d’art.
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En effet, pour manifester leur mécontentement et mettre en garde contre une soi-disant « christianophobie » latente, certains
fanatiques, qualifiés d'intégristes chrétiens, se réclamant en partie de l'Action française, ont tenté, dès la première représentation du 20 octobre dernier, d’empêcher aux spectateurs l’accès au
théâtre. Comment ? En leur bloquant les portes, en les agressant, en les menaçant, en les aspergeant d'huile de vidange, de gaz lacrymogène, en leur jetant des œufs et des boules puantes,
rien que ça !
Dans leurs actions, des militants du Renouveau français, entrés dans la salle, ont interrompu une représentation dès le début en occupant
la scène et en déployant leur mot d'ordre : « La christianophobie, ça suffit ». Les fanatiques ont tout tenté pour atteindre leur objectif ; nuire et mettre un terme à ce
chaos par l’annulation du spectacle.
Depuis le début de la programmation de Sur le concept du visage, le mouvement prend de l’ampleur et les C.R.S. sont obligés d’être
présents et d’intervenir quasiment tous les soirs.
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Ces actes, violents, font écho à d’autres actes violents, intolérants et intolérables qui ont eu lieu dans un autre contexte.
Le 8 octobre dernier, dans les Arènes de Rodilhan (région de Nîmes), des dizaines de fanatiques anti-corridas ont manifesté leur volonté de
mettre un terme au spectacle proposé. De manière très organisée, un groupe a déployé des banderoles dans les arènes, détournant le regard des spectateurs vers eux, tandis qu’un autre groupe a
sauté au centre de l’Arène afin de s’enchainer à même le sol. La tension est montée d’un cran laissant les baffes partir. Super coup de com’ !
Les anti-corridas ont été molestés, une vidéo du tout a été réalisée, elle a fait le tour d’Internet et, évidemment, les
« pro-corridas » sont passés pour des tortionnaires sanguinaires et violents.
Ce que les anti-corridas oublient de dire, c’est que deux semaines avant, lors d’une manifestation à Nîmes, ils avaient souillé (lui urinant
littéralement dessus) un monument hommage à Nimeño II, grand torero français des années 90. Egalement, ils ont mis à terre, la rouant de coups la belle-sœur de Nimeño II ; son acte qui
méritait un tel châtiment ? avoir tenté d’enlever une banderole blasphématoire apposée sur la statue de son défunt beau-frère.
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A mon sens, le parallèle, entre les anti-Castellucci et les anti-corridas est évident tant les actes sont proches et lourds de
symbolique. Ils montrent tout le fanatisme et toute la violence des « antis » et posent la question de la tolérance. Comment ne pas se sentir humiliés quand on est trainés plus bas que
terre, considérés comme des allumés par des fous dangereux intolérants irréfléchis ? Et comment réagir ?
Si vous n’aimez pas quelque chose, ou êtes en désaccord avec, faites le savoir si vous le souhaitez, mais respectez ceux qui
aiment !
La question n’est pas pour ou contre la corrida, pour ou contre Castellucci.
La question est celle de l’action, du respect, de la tolérance.
Et celle du respect du culte.
Aller à une corrida est tout autant de l’ordre du culte qu’aller au théâtre.
Profondément, les pro-corridas ne sont pas des barbares sanguinaires, violents et tortionnaires. Je suis pour la corrida, j’aime ça, et les
individus qui me connaissent ne peuvent pas me reconnaître dans la description faite précédemment. Je comprends qu’on puisse ne pas aimer la corrida, mais je ne comprends pas qu’on puisse dire
des conneries abjectes de manière aussi bien-pensante et absurde, ni avoir des actions d’une telle violence envers ceux qui aiment.
Concernant le spectacle de Castellucci, je ne crois pas du tout que les spectateurs de théâtre qui vont voir cette pièce soient des
antéchrists qui se disent « chouette, on va chier sur Jésus ! » et je ne comprends pas qu’autant de haine et de violence soit déversée sur des amateurs d’art.
La Polémique est bonne, elle permet de mettre en éveil la pensée, la réflexion ! La Violence, non.
Vouloir interdire l’art et les spectacles, quels qu’ils soient, c’est entrer dans une vision radicale et obtue, une dictature dangereuse de la
pensée unique, du manque d’ouverture d’esprit, du rejet de la différence.
Souiller les gens d’huile de vidange, uriner sur un monument « de mémoire », insulter les « pro-quelque chose » sont des
actions fanatiques violentes, dangereuses, irrespectueuses contre lesquelles il faut farouchement lutter.
Ce fanatisme naissant est dangereux, et bien la preuve d’une société malade. Méfiance.
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Voltaire disait « le propre de la censure violente est d’accréditer les opinions qu’elle attaque. » Et en soi, c’est vrai, car
toutes ces attaquent ne permettent qu’une chose ; la naissance de la revendication puissante d’une valeur, d’une identité forte. Les « pro-corridas » s’unissent pour faire face à
cette oppression des « antis », et les gens de théâtre se mobilisent pour permettre aux représentations du Castellucci d’avoir lieu.
Oui à la liberté ! Oui au respect ! Oui à la tolérance ! Non aux fanatismes !
Vivent la Corrida et Castellucci !
PS : Avant d'arriver en France, Sur le concept du visage du fils de Dieu a été présenté en Allemagne, en Belgique, en Norvège,
en Grande-Bretagne, en Espagne, en Russie, aux Pays-Bas, en Grèce, en Suisse, en Italie et en Pologne. Il n'a pas suscité la moindre réaction analogue.
Vous pouvez manifester votre soutien par email à comite-de-soutien-castellucci@theatredelaville.com.
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